Second Avis en Chirurgie Plastique : pour prendre la bonne décision
En dehors de la chirurgie carcinologique, la chirurgie plastique et esthétique n’est certainement pas une chirurgie d’urgence. La prise de décision nécessite un processus long, parfois complexe, pour déterminer le meilleur rapport bénéfice/risque.
Parfois, pour prendre la bonne décision, il est nécessaire de prendre un second avis. Cette disposition existe et est encadrée légalement. D’autant plus que dans certaines situations, le patient confond chirurgie et magie.
1. Prendre la bonne décision
La relation chirurgien-patient : trouver les bons mots, la bonne distance
Pour pouvoir prendre la bonne décision, il faut que le patient soit en capacité d’entendre un diagnostic, et qu’un médecin soit en capacité de le formuler. Cela signifie implicitement que tous les praticiens ne conviennent pas à tous les patients — et réciproquement.
Nous avons tous une personnalité qui s’adapte plus ou moins à notre interlocuteur. Le professionnel de santé doit, déontologiquement, s’adapter le plus possible au patient pour lui apporter une information claire, loyale et intelligible. Il faut trouver à la fois les mots et la distance nécessaires pour que cette information soit apportée de manière optimale.
Quand la situation est complexe : l’information fractionnée
Certaines situations nécessitent des examens complémentaires poussés, la lecture d’un dossier médical avec de lourdes antériorités, ou simplement un patient qui a besoin de temps pour assimiler. Il peut alors être nécessaire de multiplier les consultations pour une délivrance fractionnée de l’information, jusqu’à ce que le patient puisse, en toute connaissance de cause, exprimer son consentement éclairé.
Le cadre légal : loi Kouchner et obligations d’information renforcée
En chirurgie plastique, cette obligation d’information est renforcée. Elle est matérialisée par :
- Des fiches d’information officielles de la SOFCPRE, remises au patient lors de la consultation.
- Un devis détaillé accompagné d’un formulaire de consentement éclairé, que le patient remet signé avant toute intervention.
- Un délai légal de réflexion de 15 jours incompressibles pour tout acte de chirurgie esthétique non pris en charge par l’Assurance Maladie.
2. Prendre un second avis : quand, pourquoi, comment
Un droit légal du patient
Pourquoi le second avis est une excellente idée
| Bénéfice | Explication concrète |
|---|---|
| Confirmation du diagnostic | Si deux praticiens proposent la même solution indépendamment, il est fort à parier qu’il s’agit effectivement de la plus appropriée |
| Point de vue différent | Une même situation peut être abordée avec un éclairage technique ou relationnel différent, qui aide à mieux comprendre |
| Choix du praticien | Cela permet de sentir différentes affinités et de choisir le chirurgien avec lequel on est le plus en confiance — ce qui est fondamental en chirurgie élective |
| Comparaison de devis | Dans le cas de chirurgie esthétique non remboursée, cela peut légitimement inclure une comparaison financière |
Quand le second avis devient contre-productif
Au-delà du deuxième avis, demander un troisième, un quatrième, voire un cinquième est à mon sens totalement contre-productif. Je rencontre parfois cette situation, surtout pour les demandes d’augmentation mammaire ou de rhinoplastie chez de jeunes femmes qui, ayant accumulé trop d’informations, ne parviennent plus à faire le tri entre l’information pertinente et le bruit. Les réseaux sociaux amplifient souvent ce phénomène.
Dans cette situation d’obésité informationnelle, le patient a déjà son idée toute faite — parfois associée à une pensée magique — et se met en quête du praticien qui cocherait toutes les cases du fantasme. Cette démarche peut aller jusqu’à la dysmorphophobie, qui est une contre-indication absolue à la chirurgie plastique.
Récapitulatif : second avis, oui — quête infinie, non
| Situation | Recommandation |
|---|---|
| Premier avis reçu, diagnostic peu clair ou intervention importante | ✅ Deuxième avis vivement recommandé |
| Affinité insuffisante avec le premier chirurgien | ✅ Chercher un autre praticien est légitime et sain |
| Comparaison de prix sur acte esthétique | ✅ Légal et compréhensible |
| 3e avis après deux avis convergents | ⚠️ À questionner : que cherche-t-on vraiment ? |
| 4e, 5e avis ou plus | ❌ Contre-productif — risque de dysmorphophobie à évaluer |
| Quête du praticien qui dit « oui » à tout | ❌ Contre-indication opératoire probable |
Questions fréquentes
Références
- Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades (Loi Kouchner) — art. L.1111-2 CSP (droit à l’information)
- Code de la santé publique — art. L.1111-3 (droit au second avis médical)
- Code de la santé publique — art. L.6322-2 (délai légal de 15 jours en chirurgie esthétique)
- Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOFCPRE) — fiches d’information préopératoires — sofcpre.fr
- Publication associée du Dr Potier : Gestion des Injonctions Paradoxales en Chirurgie Esthétique
- Publication associée du Dr Potier : Comprendre le Refus Opératoire
Conclusion
Prendre un second avis est généralement une excellente idée. Cela permet au patient de se faire réexpliquer la situation avec un point de vue différent, une affinité différente — tout ce qui peut augmenter la compréhension et permettre un consentement librement éclairé.
Les limites existent lorsque le second avis devient une quête vaine d’une vérité absolue, en multipliant les consultations pour assouvir un fantasme de perfection qui flirte avec la dysmorphophobie.
Pour faire simple : un deuxième avis ? Oui — c’est légal et légitime. Un quatrième ? Non.
Prendre rendez-vous
Vous souhaitez un second avis sur votre projet chirurgical ? Consultez le Dr Potier à la Polyclinique du Parc de Cholet.
