Polyclinique du Parc · Cholet (49) · Médecine esthétique

Médecine Esthétique : Less Is More

Les réseaux sociaux regorgent de caricatures : des visages étrangement gonflés, résultat d’injections répétées qui finissent par être exactement le contraire d’esthétique. À l’opposé, la French touch est mondialement réputée pour une pratique sur mesure, très raisonnable, de la médecine esthétique — faire en sorte que les changements semblent imperceptibles.

Depuis longtemps, je milite avec mes confrères pour une approche raisonnée, loin des caricatures médiatiques. Voici pourquoi, en médecine esthétique, moins c’est souvent mieux.

Pourquoi moins de toxine botulique, c’est mieux

La toxine botulique est un médicament remarquable qui permet, entre autres, de réduire les rides d’expression. Son utilisation depuis plus de 50 ans a démontré une sécurité à long terme parfaite et un bénéfice largement établi.

Cependant, mal utilisée, la toxine botulique peut accélérer le vieillissement d’un visage.

La bonne indication, c’est crucial

Rappelons-le : l’indication de la toxine botulique est le traitement des rides modérées à sévères ayant un impact psychosocial. Ce n’est pas un traitement des ridules, et l’objectif n’est en aucun cas d’enlever les expressions ni de figer un visage.

L’amyotrophie musculaire : un risque réel et méconnu

Les muscles du visage ont deux fonctions essentielles : tenir les tissus et apporter du volume. Si un muscle est bloqué en permanence, il se comporte comme le membre d’un tétraplégique après un accident de la route : il perd son volume et sa force. Cette amyotrophie va, sur le long terme :

  • squelettiser le visage,
  • accélérer la fonte des volumes,
  • rendre impossible le maintien des tissus, la force musculaire devenant insuffisante.
⚠️ Un muscle du visage bloqué en permanence s’atrophie progressivement. Sur le long terme, des injections trop fréquentes ou trop dosées peuvent produire l’effet inverse de celui recherché : un visage plus vieilli, creusé, et difficile à traiter.

Les syncinésies : quand bloquer un muscle en déséquilibre un autre

Les muscles du visage fonctionnent en synergie. On peut savoir qu’une personne sourit sans voir sa bouche — d’autres muscles s’activent en cascade. En médecine de réanimation faciale, ce phénomène est bien connu sous les termes de syncinésie, co-contraction et hypertonie.

Ce phénomène existe également en esthétique, lorsqu’une partie seulement des muscles d’un même groupe est traitée. Deux exemples concrets :

Zone injectéeEffet secondaire possible
Rides du lion exclusivementAugmentation de la contraction de la fossette canine → aggravation des sillons nasogéniens
Muscle DAO exclusivementHyperactivité secondaire du muscle du menton → peau d’orange du menton et ascension de la lèvre inférieure
💡 Ma recommandation : renouveler les injections de toxine botulique uniquement à la réapparition de la ride modérée à sévère, pas lors du simple retour d’une contraction minime. Et traiter les syncinésies de co-contraction lorsqu’elles existent, même si les zones ne font pas partie de celles demandées par la patiente.

Pour aller plus loin : mes articles sur la toxine botulique →

Pourquoi l’acide hyaluronique en excès transforme un visage

L’acide hyaluronique rend des services incomparables pour la restauration des volumes et l’hydratation du derme. Mais il doit être manié avec prudence.

Un risque ischémique grave et sous-estimé

L’acide hyaluronique volumateur est un produit réticulé gélatineux qui, injecté dans un vaisseau, peut entraîner un embol et une ischémie du lit d’aval — avec parfois des conséquences dramatiques : nécrose cutanée ou perte de la vue.

🚨 Ces accidents ischémiques représentent environ 100 000 événements par an dans le monde et 400 pertes de la vue annuelles. La hyaluronidase (enzyme de dégradation) permet, administrée en urgence, de résorber le thrombus et de rétablir la circulation. Elle doit être disponible dans tout cabinet pratiquant ces injections.

L’acide hyaluronique n’est pas résorbable — la grande idée reçue

On a trop longtemps présenté l’acide hyaluronique comme un produit résorbable devant être réinjecté régulièrement. Cette donnée est aujourd’hui dépassée.

La littérature scientifique converge vers un consensus clair : l’acide hyaluronique est un produit très lentement dégradable, d’autant plus lentement que le produit est réticulé. Pour les acides hyaluroniques les plus réticulés, il doit être considéré comme une prothèse quasi permanente.

Ce qui change avec le temps, ce n’est pas le volume injecté mais la structure du gel, qui finit par s’étaler, migrer et perdre sa capacité de projection. Si le patient a l’impression que le produit « n’existe plus » et demande une nouvelle injection, une analyse photographique comparative confirme souvent que le produit est toujours présent — sous une forme différente.

Le syndrome Bogdanov

Une nouvelle injection dans cette situation, au lieu d’apporter le volume manquant, additionne un volume à un volume déjà existant. C’est cette dérive que l’on retrouve fréquemment dans les caricatures des réseaux sociaux : visages hypertrophiés, boursouflés, déformés — ce que j’appelle le syndrome Bogdanov.

📸 Ma pratique : avant toute nouvelle injection dans une même zone et dans un délai court, je réalise une analyse comparative photographique entre l’état pré-injection et la nouvelle demande. Si les photos confirment que le volume est toujours présent, je recommande d’espacer encore le délai et de réinjecter, le cas échéant, des volumes moitié moindres que lors de la première injection.

Pour aller plus loin : mes articles sur l’acide hyaluronique, les rides et les sillons →

Questions fréquentes

À quelle fréquence faut-il réinjecter de la toxine botulique ?
La toxine doit être réinjectée à la réapparition de la ride modérée à sévère ayant un impact psychosocial, et non au simple retour d’une contraction minime. Injecter trop fréquemment ou à trop forte dose peut entraîner une amyotrophie musculaire progressive et accélérer le vieillissement du visage.
L’acide hyaluronique se résorbe-t-il vraiment ?
Beaucoup plus lentement qu’on ne le croit. Les produits les plus réticulés peuvent persister très longtemps — parfois indéfiniment. Ce qui change avec le temps, c’est la structure du gel, qui s’étale et perd sa projection. Réinjecter sans analyse photographique préalable risque d’ajouter du volume à du volume existant.
La hyaluronidase permet-elle d’effacer entièrement un traitement à l’acide hyaluronique ?
La hyaluronidase dissout l’acide hyaluronique et est utilisée en urgence en cas d’accident ischémique, ou pour corriger des surinjections. Elle est efficace mais son utilisation doit rester médicale — elle ne doit pas être vue comme un « droit à l’erreur » qui autoriserait une pratique peu rigoureuse.
Qu’est-ce que la French touch en médecine esthétique ?
C’est une approche modérée, sur mesure et naturelle des injections — l’objectif est que le changement soit imperceptible pour l’entourage du patient, non qu’il soit spectaculaire. Moins de produit, mieux positionné, à des intervalles plus espacés : less is more.

Références

  • Carruthers J, Carruthers A. Botulinum toxin type A: history and current cosmetic use in the upper face. Semin Cutan Med Surg. 2001;20(2):71–84.
  • Bae JH et al. Muscular atrophy after botulinum toxin A injection into the human face: evidence from a prospective study. J Cosmet Dermatol. 2021.
  • Dayan SH et al. Complications from unintentional intra-arterial injections of fillers and current recommendations. Aesthet Surg J. 2019;39(3):241–254.
  • Tezel A, Fredrickson GH. The science of hyaluronic acid dermal fillers. J Cosmet Laser Ther. 2008;10(1):35–42.
  • Haute Autorité de Santé — Toxine botulique à visée esthétique : recommandations 2018 — has-sante.fr
  • Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOFCPRE) — sofcpre.fr

Conclusion

La médecine esthétique est une vraie science, et l’utilisation des deux produits phares — toxine botulique et acide hyaluronique — demande une expertise qui s’acquiert avec de longues années d’expérience.

Contrairement aux images véhiculées par les réseaux sociaux, j’ai constaté qu’il faut plutôt envisager une décroissance des produits injectés au fil du temps, plutôt qu’une surenchère permanente. Cette modération, c’est ce qu’on a toujours appelé la French touch : une approche modérée, esthétique et durable des traitements de médecine esthétique.

Prendre rendez-vous

Vous souhaitez une approche raisonnée de la médecine esthétique, loin des surinjections ? Consultez le Dr Potier à la Polyclinique du Parc de Cholet.