Médecine Esthétique : Less Is More
Les réseaux sociaux regorgent de caricatures : des visages étrangement gonflés, résultat d’injections répétées qui finissent par être exactement le contraire d’esthétique. À l’opposé, la French touch est mondialement réputée pour une pratique sur mesure, très raisonnable, de la médecine esthétique — faire en sorte que les changements semblent imperceptibles.
Depuis longtemps, je milite avec mes confrères pour une approche raisonnée, loin des caricatures médiatiques. Voici pourquoi, en médecine esthétique, moins c’est souvent mieux.
Pourquoi moins de toxine botulique, c’est mieux
La toxine botulique est un médicament remarquable qui permet, entre autres, de réduire les rides d’expression. Son utilisation depuis plus de 50 ans a démontré une sécurité à long terme parfaite et un bénéfice largement établi.
Cependant, mal utilisée, la toxine botulique peut accélérer le vieillissement d’un visage.
La bonne indication, c’est crucial
Rappelons-le : l’indication de la toxine botulique est le traitement des rides modérées à sévères ayant un impact psychosocial. Ce n’est pas un traitement des ridules, et l’objectif n’est en aucun cas d’enlever les expressions ni de figer un visage.
L’amyotrophie musculaire : un risque réel et méconnu
Les muscles du visage ont deux fonctions essentielles : tenir les tissus et apporter du volume. Si un muscle est bloqué en permanence, il se comporte comme le membre d’un tétraplégique après un accident de la route : il perd son volume et sa force. Cette amyotrophie va, sur le long terme :
- squelettiser le visage,
- accélérer la fonte des volumes,
- rendre impossible le maintien des tissus, la force musculaire devenant insuffisante.
Les syncinésies : quand bloquer un muscle en déséquilibre un autre
Les muscles du visage fonctionnent en synergie. On peut savoir qu’une personne sourit sans voir sa bouche — d’autres muscles s’activent en cascade. En médecine de réanimation faciale, ce phénomène est bien connu sous les termes de syncinésie, co-contraction et hypertonie.
Ce phénomène existe également en esthétique, lorsqu’une partie seulement des muscles d’un même groupe est traitée. Deux exemples concrets :
| Zone injectée | Effet secondaire possible |
|---|---|
| Rides du lion exclusivement | Augmentation de la contraction de la fossette canine → aggravation des sillons nasogéniens |
| Muscle DAO exclusivement | Hyperactivité secondaire du muscle du menton → peau d’orange du menton et ascension de la lèvre inférieure |
Pour aller plus loin : mes articles sur la toxine botulique →
Pourquoi l’acide hyaluronique en excès transforme un visage
L’acide hyaluronique rend des services incomparables pour la restauration des volumes et l’hydratation du derme. Mais il doit être manié avec prudence.
Un risque ischémique grave et sous-estimé
L’acide hyaluronique volumateur est un produit réticulé gélatineux qui, injecté dans un vaisseau, peut entraîner un embol et une ischémie du lit d’aval — avec parfois des conséquences dramatiques : nécrose cutanée ou perte de la vue.
L’acide hyaluronique n’est pas résorbable — la grande idée reçue
On a trop longtemps présenté l’acide hyaluronique comme un produit résorbable devant être réinjecté régulièrement. Cette donnée est aujourd’hui dépassée.
La littérature scientifique converge vers un consensus clair : l’acide hyaluronique est un produit très lentement dégradable, d’autant plus lentement que le produit est réticulé. Pour les acides hyaluroniques les plus réticulés, il doit être considéré comme une prothèse quasi permanente.
Ce qui change avec le temps, ce n’est pas le volume injecté mais la structure du gel, qui finit par s’étaler, migrer et perdre sa capacité de projection. Si le patient a l’impression que le produit « n’existe plus » et demande une nouvelle injection, une analyse photographique comparative confirme souvent que le produit est toujours présent — sous une forme différente.
Le syndrome Bogdanov
Une nouvelle injection dans cette situation, au lieu d’apporter le volume manquant, additionne un volume à un volume déjà existant. C’est cette dérive que l’on retrouve fréquemment dans les caricatures des réseaux sociaux : visages hypertrophiés, boursouflés, déformés — ce que j’appelle le syndrome Bogdanov.
Pour aller plus loin : mes articles sur l’acide hyaluronique, les rides et les sillons →
Questions fréquentes
Références
- Carruthers J, Carruthers A. Botulinum toxin type A: history and current cosmetic use in the upper face. Semin Cutan Med Surg. 2001;20(2):71–84.
- Bae JH et al. Muscular atrophy after botulinum toxin A injection into the human face: evidence from a prospective study. J Cosmet Dermatol. 2021.
- Dayan SH et al. Complications from unintentional intra-arterial injections of fillers and current recommendations. Aesthet Surg J. 2019;39(3):241–254.
- Tezel A, Fredrickson GH. The science of hyaluronic acid dermal fillers. J Cosmet Laser Ther. 2008;10(1):35–42.
- Haute Autorité de Santé — Toxine botulique à visée esthétique : recommandations 2018 — has-sante.fr
- Société Française de Chirurgie Plastique Reconstructrice et Esthétique (SOFCPRE) — sofcpre.fr
Conclusion
La médecine esthétique est une vraie science, et l’utilisation des deux produits phares — toxine botulique et acide hyaluronique — demande une expertise qui s’acquiert avec de longues années d’expérience.
Contrairement aux images véhiculées par les réseaux sociaux, j’ai constaté qu’il faut plutôt envisager une décroissance des produits injectés au fil du temps, plutôt qu’une surenchère permanente. Cette modération, c’est ce qu’on a toujours appelé la French touch : une approche modérée, esthétique et durable des traitements de médecine esthétique.
Prendre rendez-vous
Vous souhaitez une approche raisonnée de la médecine esthétique, loin des surinjections ? Consultez le Dr Potier à la Polyclinique du Parc de Cholet.
