Les Anesthésies en Chirurgie Plastique : comprendre les différentes modalités
La chirurgie sans anesthésie ne peut se concevoir. L’anesthésie est l’alliée indispensable du chirurgien — et le principal facteur d’appréhension du patient, car elle représente une étape de perte de contrôle.
Le risque existe : la mortalité liée à l’anesthésie générale est estimée à environ 1 cas pour 100 000 à 200 000 anesthésies dans les pays développés (données SFAR/HAS). Mais plutôt que d’avoir peur, il est plus utile de comprendre qu’il n’existe pas qu’une seule façon d’endormir — et que chaque technique répond à des indications précises.
Le tableau récapitulatif d’abord
Pour chaque modalité, voici les critères pratiques qui concernent le patient :
| Type d’anesthésie | Molécules principales | Consultation anesthésiste | Jeûne préopératoire | Accompagnateur requis | Hospitalisation |
|---|---|---|---|---|---|
| Anesthésie locale pure | Lidocaïne ± adrénaline | Non | Non | Non | Non (soins externes) |
| Anesthésie locale + sédation (KMS) | Lidocaïne, ropivacaïne + kétamine, midazolam, sufentanil | Oui | Oui (6h solide / 2h liquide) | Oui | Ambulatoire |
| Bloc loco-régional ± sédation | Ropivacaïne ± KMS | Oui | Oui | Oui | Ambulatoire ou fast-track |
| Anesthésie générale | Propofol, morphiniques, curares, agents halogénés | Oui (obligatoire) | Oui (6h solide / 2h liquide) | Oui | Ambulatoire à plusieurs jours |
Tableau à visée pédagogique. Le choix de la technique anesthésique est décidé par le chirurgien et l’anesthésiste en fonction de votre état de santé, du type et de la durée de l’intervention.
1. Anesthésie locale pure
C’est la technique la plus simple, réalisée directement par le chirurgien lors de l’intervention, sans anesthésiste. Elle est utilisée pour les petites chirurgies en soins externes : ablation de grains de beauté, de kystes, de lipomes.
💊 Lidocaïne (Xylocaïne®)
Famille : Anesthésique local de la famille des amino-amides. Dérivé synthétique de la cocaïne (sans ses propriétés addictives), développé en 1943 par le chimiste suédois Nils Löfgren.
Mécanisme : Bloque les canaux sodiques membranaires des fibres nerveuses sensitives, empêchant la propagation de l’influx douloureux.
Délai d’action : Quelques secondes à 2-3 minutes.
Durée d’efficacité : 1 à 2 heures (sans adrénaline) / 2 à 4 heures (avec adrénaline).
Dose maximale : 3 mg/kg sans adrénaline (≈ 200 mg pour 70 kg) — 7 mg/kg avec adrénaline (≈ 490 mg pour 70 kg) (Klein JA, Plast Reconstr Surg, 1990).
Contre-indications : Allergie aux amino-amides (rare), bloc auriculo-ventriculaire complet, porphyrie.
Effets indésirables en cas de surdosage : Troubles neurologiques (vertiges, convulsions), troubles cardiovasculaires (bradycardie, hypotension, arrêt cardiaque).
L’anesthésie locale pure ne nécessite ni consultation préanesthésique, ni jeûne, ni accompagnateur. Le patient repart directement chez lui par ses propres moyens à l’issue des soins.
2. Anesthésie locale avec sédation (protocole KMS)
La xylocaïne reste l’élément central, mais elle est ici associée à la ropivacaïne, dont le délai d’action est plus long mais l’efficacité prolongée jusqu’à 6 à 8 heures. La combinaison offre une action quasi instantanée (lidocaïne) avec un effet prolongé (ropivacaïne).
Avant que cette anesthésie locale ne soit réalisée, l’anesthésiste administre une sédation intraveineuse par le protocole KMS : Kétamine + Midazolam + Sufentanil. Le patient reste respirant spontanément mais entre dans un état de somnolence et d’analgésie qui lui permet de tolérer l’injection des anesthésiques locaux sans stress ni douleur.
💊 Ropivacaïne (Naropéïne®)
Famille : Anesthésique local de la famille des amino-amides, analogue structural de la bupivacaïne mais avec un meilleur profil de sécurité cardiaque.
Délai d’action : 10 à 20 minutes.
Durée d’efficacité : 6 à 8 heures (bloc sensitif).
Dose maximale : 3 mg/kg en injection unique (SFAR).
Avantage : Dissociation sensitivo-motrice favorable — bloque la douleur mieux que la motricité.
💊 Kétamine
Famille : Anesthésique dissociatif, antagoniste des récepteurs NMDA.
Effets : Analgésie profonde, amnésie, maintien des réflexes laryngés. La kétamine est connue pour provoquer un « trip » dissociatif à doses élevées — à doses analgésiques sub-anesthésiques, elle réduit la consommation d’opioïdes et potentialise les anesthésiques locaux.
Avantages : Maintient les réflexes protecteurs des voies aériennes ; bronchodilatateur ; stimule la pression artérielle.
Effets indésirables : Hallucinations, dysphorie (limités par l’association au midazolam) ; hypersalivation ; augmentation de la pression artérielle et de la fréquence cardiaque.
💊 Midazolam (Hypnovel®)
Famille : Benzodiazépine d’action rapide et courte (demi-vie 2 à 3 heures).
Effets : Anxiolyse, amnésie antérograde, sédation légère. Potentialise l’effet hypnotique de la kétamine tout en limitant les manifestations psychiques indésirables (dysphorie, hallucinations).
Effets indésirables : Dépression respiratoire dose-dépendante, sédation résiduelle. Antagonisable par le flumazénil.
Contre-indications : Myasthénie grave, insuffisance respiratoire sévère.
💊 Sufentanil
Famille : Opioïde de synthèse, agoniste des récepteurs µ-opioïdes. 5 à 10 fois plus puissant que le fentanyl, 500 à 1 000 fois plus puissant que la morphine.
Effets : Analgésie profonde, sédation, dépression respiratoire dose-dépendante.
Délai d’action : 1 à 3 minutes en IV.
Durée d’action : 30 à 45 minutes.
Effets indésirables : Dépression respiratoire, bradycardie, nausées. Antagonisable par la naloxone.
3. Anesthésie loco-régionale
Plutôt qu’anesthésier localement la peau du site opératoire, on anesthésie les racines nerveuses ou les gros troncs nerveux qui innervent la zone à opérer. Cela permet d’obtenir une grande surface d’anesthésie avec de faibles doses, réduisant la toxicité des anesthésiques locaux.
Le bloc loco-régional est souvent réalisé avec une sédation légère (KMS ou midazolam seul) pour le confort du patient pendant la réalisation du bloc.
4. Anesthésie générale
L’anesthésie générale plonge le patient dans un état de perte de conscience complète et contrôlée, permettant d’opérer sans aucune perception douloureuse ni mémorisation de l’acte.
Elle est nécessaire lorsque les autres modalités d’anesthésie sont impossibles ou insuffisantes. En chirurgie plastique, elle est indiquée pour les chirurgies abdominales (abdominoplastie, dermolipectomie), les chirurgies des membres (brachioplastie, cruroplastie) et les rhinoplasties.
💊 Les drogues de l’anesthésie générale
Hypnotiques (induction et entretien) : Propofol (agent de référence, AIVOC), agents halogénés (sévoflurane, desflurane) pour l’entretien inhalé.
Morphiniques : Rémifentanil, sufentanil, fentanyl — analgésie péri-opératoire et épargne morphinique.
Curares : Agents de blocage neuromusculaire (atracurium, rocuronium) permettant l’intubation orotrachéale et la ventilation mécanique.
Antagonistes : Sugammadex (décurares le rocuronium), naloxone (antagoniste morphinique), flumazénil (antagoniste benzodiazépines).
Questions fréquentes
Références
- Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (SFAR) — Recommandations pour la pratique clinique — sfar.org
- Klein JA. Tumescent Technique for Regional Anesthesia Permits Lidocaine Doses of 35 mg/kg for Liposuction. J Dermatol Surg Oncol. 1990;16(3):248–63.
- Haute Autorité de Santé — Recommandations pour la consultation d’anesthésie préopératoire — has-sante.fr
- Décret n° 94-1050 du 5 décembre 1994 relatif aux conditions techniques de fonctionnement des établissements de santé en ce qui concerne la pratique de l’anesthésie
- Morgan GE, Mikhail MS. Clinical Anesthesiology. 6th ed. McGraw-Hill, 2018.
Conclusion
Entre l’anesthésie locale aux soins externes, la sédation légère du protocole KMS, le bloc loco-régional et l’anesthésie générale, il existe de nombreuses modalités pour subir une intervention chirurgicale avec le moins de douleur et de stress possible.
C’est le rôle du chirurgien et de l’anesthésiste de déterminer ensemble le type d’anesthésie le plus adapté à votre état de santé, à la nature et à la durée de l’intervention. Ce choix tient aussi compte de vos antécédents, de vos traitements, et de vos préférences personnelles.
Prendre rendez-vous
Vous avez une question sur l’anesthésie avant votre intervention ? Consultez le Dr Potier à la Polyclinique du Parc de Cholet.
